Cuisiner, une tradition spirituelle

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« En Inde, cuisiner est un acte sacré »

Le cuisinier participe à la nourriture et à la vitalité de tous ceux qui vivent autour de lui. L’attitude avec laquelle la nourriture est préparée est essentielle, bien qu’elle ne soit pas visible. D’un point de vue spirituel, notre attitude pendant que nous cuisinons ainsi que nos pensées sont un effet vibratoire sur la nourriture, et par conséquent influence la conscience de la personne qui la mange. Les cuisiniers ont une grande responsabilité spirituelle entre leurs mains.

Selon les Upanishads, les anciennes écritures sacrées de l’Inde, la nourriture est Brahman, la réalité divine. En mangeant, nous participons à la vie et à la création sur le plan de la matière. La nourriture joue un rôle important qui détermine nos sentiments, nos pensées et nos actes. Les Ecritures classent les aliments en trois catégories principales, satvic, rajasic et tamasic aux trois gunas ou qualités que sont respectivement l’équilibre, l’activité et l’inertie. Une nourriture satvic est définie comme une nourriture végétarienne, fraîche, cuite d’une façon appropriée, ni trop épicée et grasse. Une nourriture rajasic est trop salée, trop sucrée ou trop amère ou chaude et ainsi de suite. Une nourriture tamasic cause de la lourdeur tant au corps qu’à l’esprit. Un régime équilibré nous aide à vivre en harmonie sur les plans physique, mental et spirituel. Un régime adapté fait partie intégrante d’une discipline spirituelle.

Swamiji attachait une importance particulière aux préliminaires et à la propreté. Avant de cuisiner la personne en charge de la cuisine devait prendre une douche, mettre des vêtements propres et appliquer de la vibhuti (cendre consacrée) et du kum-kum (poudre rouge utilisée dans les rituels, composée de curcuma mélangée avec le suc de lime) sur le front. La cuisine devait aussi être nickel. La nuit suivant la préparation du dernier met, la cuisine était lavée avec soin. De la bouse de vache est appliquée sur le sol boueux, et comme touche finale, quelqu’un dessine des kolams (dessins traditionnels réalisé avec de la farine de riz) devant le foyer. Traditionnellement l’espace du feu est surveillé avec beaucoup de soin. Le foyer est constitué de trois pierres assemblées avec de la terre. Avant la première cuisson, quand quelqu’un inaugure le foyer, la place est nettoyée avec de la bouse de vache, décorée, des lampes à huile sont allumées autour du feu et une petite pooja ( rituel accompagné par des offrandes de fleurs, encens et nourriture) ou un arathi (présentation de flammes de camphre) est exécuté. Le feu est le centre sacré de la cuisine et est considéré comme Agni, le dieu du feu.

Dans les premiers temps de l’Ashram, les personnes qui travaillaient à la cuisine devaient respecter strictement ces principes. Swamiji vérifiait régulièrement si les fidèles prenaient soin de la cuisine et de l’élaboration des plats de la bonne manière. Une fois la place prête, le cuisinier fait bouillir de l‘eau puis y ajoute le riz, après avoir fait trois rotations avec ses mains pleines de riz autour du faitout. Puis, il ajoute le reste du riz dans l’eau bouillante et généralement il prie ou répète un mantra. Les familles indiennes traditionnelles suivent ces principes dans leurs vies quotidiennes pour cuisiner. Une règle importante n’autorise que le cuisinier à goûter, personne d’autres est habilité à le faire, ni à toucher ni même parfois à regarder, jusqu’à ce que les plats sont prêts. Cela est considéré comme in auspicieux. La préparation des légumes vient après. Les légumes sont triés avec attention, lavés puis coupés sous diverses formes en harmonie avec le curry qui est préparé. Souvent Swamiji rappelait avec insistance qu’il était préférable de cuisiner en silence pour l’hygiène ( quand nous parlons la salive peut toucher la nourriture) et des raisons spirituelles (il est important d’être résolu pendant la cuisine du repas).

Une fois cuite, la nourriture est servie dans des plats uniquement réservé à cet effet. La manière dont la nourriture est servie, est aussi d’une extrême importance. La personne qui sert est tenue de mettre des vêtements propres. Le riz est d’abord placé sur le thali, puis les différents curries sont disposés autour du riz dans des petits bols. Traditionnellement les plats sont servis sur des feuilles de bananiers. Enfin le sambar (sauce composée de tamarin et de dal mélangés avec des légumes) est versé sur le riz. Vous pouvez aussi ajoutez des condiments comme des pickles, du piment séché, et du ghee (beurre clarifié). Les plats sont toujours soigneusement planifiés, avec un savant équilibre entre les couleurs, la texture et les apports nutritionnels.

La plupart des Hindous offre leur nourriture à Dieu avant de manger. Ils chantent généralement un mantra ou répètent quelques versets des Ecritures pour élever et purifier la nourriture. Souvent les deux versets suivants de la Gita sont prononcés :

Bramarpanam, Brahmahavir, Brahmagnau
Brahmana hutam, Brahmana tena gantavyam.
Brahma karma samaadhina. IV. 24

Ainsi la nourriture devient prasadam , nourriture consacrée. Le silence prévaut pendant le repas. C’est préférable de ne pas penser à d’autres activités pendant le repas. Cela aide le corps à assimiler la nourriture et au mental à être conscient et concentré. Après avoir été lavées les gamelles sont couvertes de vibuthi et exposé au soleil pour rester brillantes et propres.

Dans n’importe quelle famille indiennes la cuisine est presqu’aussi importante que la pièce consacrée aux rituels. Swamiji dit que nous devons prendre soin de la cuisine avec la même attention que celle que nous consacrons au temple avec amour, soin et respect. Sans aucun doute la cuisine occupe une place centrale dans le mode de vie hindou et, pour un aspirant spirituel, cuisiner est un terrain d’entraînement idéal. »

Article extrait de Prema Ananda Vahini

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